Bonjour,
je n'ai jamais subi de fouille à nu en France, mais cela m'est arrivé une fois aux Etats Unis. En 1994, j'ai 36 ans (66 aujourd'hui). Avec un copain du même âge, Patrick F., prof à Metz, nous passons souvent nos vacances ensemble. Cette année-là, nous visitons la région de Québec avant de rallier Boston en voiture en traversant le Maine, un état peu peuplé avec une nature magnifique. Un soir, nous couchons dans un motel à Waterfield, un trou paumé. A notre grande surprise, nous rencontrons deux étudiants lillois de 25 ans, Jean-Luc (?) et Thierry B. qui visitent le Nord Est des USA en train, en bus ou en stop. Faire du stop aux USA à l'époque est mal vu surtout dans un état rural comme le Maine. Il y est même interdit, sauf sur les routes fédérales. Nous les prévenons que cela peut leur coûter cher.
Le lendemain, en début d'après-midi, nous les retrouvons à la sortie de Bingham, le pouce en l'air. Nous les embarquons rapidement et leur passons un savon, en espérant que personne ne nous ait vu. C'est raté, une voiture de police nous a croisé dans l'autre sens. Dix minutes après, elle nous rattrape. Nous sortons avec nos passeports, posons nos mains sur le capot et écartons nos jambes. Un flic nous explique qu'il est interdit de faire du stop dans l'état ou de prendre des autostoppeurs, tandis qu'un autre regarde nos passeports. Puis, ils nous donnent l'ordre de les suivre au commissariat de Bingham. Inutile de protester, évidemment.
Le commissariat est modeste : une grande salle d'accueil avec un comptoir, flanquée d'un coin douche, de cellules et de quelques pièces, des bureaux sans doute. Une douzaine de flics s'affaire. Des américains entrent parfois pour une démarche ou une autre. Cela sent l'ennui et la routine. Du coup, nous sommes l'attraction du jour : quatre 'frenchies' en infraction, menottés mains dans le dos. Les flics sont aimables sans plus et se contentent de faire leur boulot dans le respect de la loi. Heureusement, tous les quatre, nous parlons couramment anglais. Le chef de poste prend nos passeports, les examine et appelle son patron à Augusta la capitale du Maine à vingt miles de là. Il le rappellera à deux reprises pendant la fouille.
Puis il revient, nous explique que nous avons enfreint la loi et encourrons chacun une amende de 50 ou 100 $. Il aura la réponse d'Augusta dans une heure ou deux. En attendant, nos sacs seront inspectés et nous devrons subir une fouille corporelle à nu. Patrick et moi reconnaissons les faits et tentons d'expliquer que notre seul tort est d'avoir pris en stop des compatriotes, une pratique courante en Europe. Le chef coupe court à nos explications : "Take your clothes off ! Strip down! " ("Déshabillez-vous ! A poil"). Nous expliquons aux deux lillois inquiets que le plus simple est d'obéir sans discuter. Un flic nous fait vider nos sacs. Ils va inspecter nos vêtements, ouvrir nos trousses de toilette, feuilleter nos guides pendant que nous serons fouillés au corps.
Quatre autres s'approchent de nous avec leur 'body search guide' (guide pour fouille corporelle). Ils vont le suivre à la lettre. Tous les quatre, nous avons l'habitude d'être nus ou en slip dans les clubs de sport ou lors de visites médicales, pas d'être examiné par un flic au vu de tout le monde, sans aucune intimité, mais nous n'avons d'autre choix que d'obéir. Démenottés, nous vidons nos poches, retirons nos lacets, notre ceinture, notre montre, Patrick et Thierry leurs lunettes. Les lillois portent l'un une gourmette et une chevalière, l'autre une chaîne. Ils doivent les enlever aussi. Nos affaires sont déposées dans des bacs. Puis nous nous déshabillons ensemble, tous dans le même ordre. Sur un signe du flic, nous retirons nos vêtements un par un : basket gauche puis droite, chaussette gauche puis droite, blouson, pull, chemise, tee shirt, jean et slip. Tous les quatre, nous sommes à présent entièrement nus.
C'est notre corps qui va maintenant être inspecté dans le détail. Nous devons chacun contribuer à notre propre examen. Jamais les flics eux-mêmes ne nous toucheront, c'est déjà cela. D'ailleurs, les américains qui entrent ou sortent ne font pas attention à nous, sauf parfois les gamins. Pour eux, nous sommes quatre délinquants fouillés comme c'est l'usage. Nous devons pencher la tête et passer les mains dans nos cheveux, dégager nos oreilles avec la main, mettre la tête en arrière pour l'examen des narines, ouvrir largement la bouche, tirer la langue, puis la coller au palais, relever notre lèvre supérieure, baisser la lèvre inférieure. Puis, nous présentons nos mains, doigts écartés, dans un sens puis dans l'autre et nos bras pour vérifier qu'ils ne portent pas de traces de piqures. Nous les levons au-dessus de la tête pour l'examen des aisselles. Ensuite, nous devons écarter notre nombril au maximum, soulever notre sexe, puis nos testicules. Jambes largement écartées, nous nous accroupissons et devons tousser. Pour chacun de nous, cela se répète plusieurs fois ("Down, cough", baissez-vous, toussez, "up" relevez-vous). Nos cuisses et nos jambes sont inspectées comme nos bras. Nous présentons nos pieds et remuons nos orteils. Nous nous tournons, face au mur. Jambes ouvertes au maximum, nous devons écarter nos fesses avec nos mains jusqu'à ce que le trou soit visible. Nous nous retournons et échangeons quelques mots en souriant. "Shut up" ('fermez-la'). Chacun de nous doit uriner aux toilettes porte ouverte devant un flic. Puis, nous nous allongeons sur un banc et un flic main gantée appuie fortement sur notre ventre jusqu'à nous faire mal pour s'assurer qu'il ne contient rien.
Cette fois, c'est fini ; le reste n'est que 'formalités'. Nous sommes pesés, mesurés et photographiés, face, profils et dos. Chacun, à notre tour, nous devons nous doucher devant les flics. L'eau est super froide et nous ne traînons pas. Une fois secs, mais toujours nus, nous pouvons nous asseoir sur un banc. Nos mains et nos chevilles sont menottées et fixées au banc en attendant la réponse de la police d'Augusta. Elle arrive enfin : les lillois écopent chacun d'une amende de 80 $, Patrick et moi d'une solide remontrance. Comme nous sommes français et que nous avons coopéré sans résister, nous comprenons que la police a été indulgente. Le chef de poste nous précise qu'il ne pouvait pas agir autrement et qu'il n'a fait que respecter la loi. Nous lui disons que nous comprenons. Nous nous rhabillons, les lillois paient leur amende et nous rechargeons la voiture.
Nous repartons sans demander notre reste. Dans la voiture, nous ne somme pas très bavards. Dans le rétroviseur, Patrick se rend compte que Thierry pleure silencieusement ; l'émotion a été trop forte pour lui. Nous nous arrêtons, remontons le moral de nos amis lillois, leur remboursons la moitié de l'amende et leur proposons de poursuivre le voyage jusqu'à Boston avec nous. Ils acceptent, c'est plus simple pour eux et nous gagnons deux compagnons sympas pour la fin du voyage. Nous sommes toujours en contact et aucun de nous n'a oublié notre aventure américaine que je racontais encore il y a quelques semaines au fils d'un cousin qui partait en vacances aux states. La législation américaine s'est aujourd'hui assoupli, même si le stop reste toujours théoriquement interdit dans quelques états et sa pratique encore mal acceptée.
Bonne lecture et bonnes vacances.
Barr