Vues: 331 Created: 2017.12.27 Mis à jour: 2017.12.27

Hospitalisation à ma demande

Partie 2

Voici la suite de ma mésaventure.

J'ai passé une très mauvaise nuit... Si j'ai dormi 2 ou 3 heures, c'est bien. J'étais agité, je pensais à ce que je faisais ici, pourquoi ai-je tant insisté pour arriver dans un établissement de ce genre... ?

Le deuxième jour, un samedi, donc, je pensais être un peu plus libre : d'après ce que j'ai appris hier soir au dîner, certains patients ont demandé une permission de sortie pour le week-end. Moi, étant donné que je venais d'arriver, je n'y ai pas eu droit, cela peut se comprendre. Et avant de demander une perm, il faut avoir séjourné ici au minimum 15 jours, faire une demande au médecin, qui la relaye au psychiatre. C'est ce dernier qui prend la décision finale, en fonction du comportement du patient...

C'est vous dire la discipline, l'ambiance, limite carcérale. En plus, j'ai l'impression qu'on est épié dans nos moindres faits et gestes...

Revenons à cette nuit.

Malgré que j'ai fermé les volets, le jour entre dans ma chambre et je suis debout dès 7 h du matin. Sachant que le petit déjeuner est servi entre 8 h et 9 h 30, je juge avoir le temps de me préparer, de me doucher, etc... J'ai eu très chaud cette nuit, et j'ai dormi en slip, ayant retiré le pyjama pour être plus à l'aise. J'ai même voulu dormir à poil, mais j'ai changé d'avis à cause des portes qui ne ferment pas à clés...

Décidément, je ne me ferai pas à cette idée !

Je me suis assis sur le bord de mon lit, position du Penseur de Rodin, si l'on dire, à cogiter... quand la porte de ma chambre s'ouvre brusquement, et sans qu'on frappe, bien sûr. C'était le surveillant de nuit, qui venait faire sa ronde matinale et demander si la nuit fut bonne. J'ai répondu que oui, parce que je ne voulais pas qu'on me donne des somnifères.

Le surveillant, Philippe, entre et se met tout près de moi, me voit assis, en slip et me dit que je n'ai pas le droit de dormir sans pyjama, quoi qu'il arrive, que c'est le règlement de la maison et que, dorénavant, il sera en droit de venir vérifier ma tenue vestimentaire même si je suis profondément endormi. Il me dit qu'il est obligé de consigné cela sur mon carnet de bord qui est remis en fin de journée à l'administration.

Eh ben, v'là autre chose !

Avant de repartir, il m'ordonne de me rhabiller, de remettre mon pyjama. Je lui ai dit que j'étais sur le point de me doucher, mais il n'en n'a pas tenu compte. Il ne s'est retiré que lorsque j'ai enfilé mon pyjama sous ses yeux. Il m'a dit en partant que ça ira pour cette fois étant nouvel arrivé.

Merci.

Je me douche, je fais attention à ce que personne ne puisse entrer, comme hier... Et personne n'entre. Je m'habille et descends au réfectoire pour le petit déjeuner.

Après le petit-déjeuner, plus rien à faire. L'établissement se vide, les permissionnaires s'en vont pour le week-end. Sur la trentaine de résidents, nous ne sommes plus que 12. Il y a plus de femmes que d'hommes, et certains hommes sont très liés avec les femmes.

Evidemment, les relations sexuelles sont interdites, mais la direction ne peut empêcher certains écarts et décline toute responsabilité en cas de grossesse ou d'accident dans ce domaine.

Je remonte dans ma chambre quand quelques minutes plus tard, mon nom est appelé via le haut-parleur. On me prie de me présenter dans un salon du rez-de-jardin, où je suis attendu.

Je m'y rends, et là, je fais connaissance avec l'équipe soignante du week-end, Vanessa, Chloé et Frédéric. Vanessa me dit que suite à la recommandation du médecin que j'ai vu hier, je dois venir dans cette salle tous les matins, pour une prise de tension. Aussitôt dit, elle me fait entrer dans une pièce aveugle qui s'ouvre sur ce salon. Dans cette salle, il y a tout un petit matériel médical, une chaise, style dentiste etc... Vanessa me fait asseoir sur la chaise et je retrousse ma manche pour qu'elle prenne la tension.

Et là, surprise : Vanessa me dit :

- Cela ne suffit pas, monsieur. Je vais vous demander de vous mettre en slip, s'il vous plait.

Et je n'ai pas d'autre choix que d'obéir, et de me dévêtir : mais Vanessa, occupée à installer son matériel, ne fait pas attention à moi.

Elle prend ma tension, mais aussi, et voilà pourquoi elle m'a fait mettre en slip, elle me pèse et reprend les mesures de tour de taille, de hanche, etc... et finit par écouter mon coeur et ma respiration. Elle note tout sur mon carnet de bord. Il en sera ainsi, tous les jours.

L'examen est terminé et je me rhabille. Puis je lui demande :

- J'ai besoin d'un certificat de présence pour mon employeur et les organismes sociaux.

Vanessa me répond qu'elle va s'occuper de cela avant 12 h, car les services administratifs ferment tôt aujourd'hui (samedi). Elle me permet de regagner ma chambre, ce que je fais.

La maison est calme, il n'y a pas un bruit, pas un son... Ce silence pesant est rompu peu après par l'entrée, sans frapper toujours, de Timothée, un grand gaillard africain qui est chargé de m'escorter jusqu'aux services administratifs, selon ma demande.

Je descends avec lui, nous franchissons le seuil interdit en temps normal, pour rejoindre l'autre aile du bâtiment. Timothée explique à la réceptionniste le but de ma démarche, puis il me laisse seul face à elle, tandis que lui, s'écarte légèrement pour me laisser, tout de même, un minimum de confidentialité.

La réceptionniste, derrière son guichet, me délivre les documents demandés et j'achète aussi des timbres pour expédier les justificatifs aux différents organismes.

Mais Timothée m'oppresse, il s'approche de moi et me dit, chose que je ne savais pas, que je n'avais droit qu'à 10 minutes de sortie, et que le temps était révolu.

Je n'y peux rien, il a fallu que je me rappelle les adresses de ma caisse d'assurance maladie et celle de ma mutuelle... Je n'avais pas de stylo sur moi, aussi, et il a fallu que j'emprunte puis rende, celui de la réceptionniste... Tout ça prend du temps, surtout que je me suis appliqué à bien écrire sur les enveloppes que j'ai déposées dans une boite aux lettres, qui, m'a-t-on assuré, était relevée tous les soirs.

Timothée me presse, regardant tout le temps sa montre. Je finis mes envois et il m'entraîne à l'extérieur de ce bâtiment, et me dit :

- Vous avez dépassé le temps réglementaire, monsieur. Je suis désolé, mais je vais devoir vous conduire chez la surveillante.

Je ne réponds pas. Et effectivement, Timothée me fait entrer par une autre porte dans le bâtiment où je vis, porte que je ne connaissais pas et munie d'un code qu'il compose en me demandant de détourner le regard.

Mon dieu ! Où ai-je mis les pieds ? Je suis dans un pénitencier ou dans une maison de repos ?

Il me fait entrer, sonne à un sas auquel apparaît une autre personne, un homme africain aussi, je suppose, que je n'avais encore jamais vu ici. Timothée me tient à distance et s'entretient avec cet homme dans une langue inconnue, sans doute africaine. Il me confie au soin de ce dernier homme, puis s'en retourne en fermant derrière lui la porte.

Ce personnage ouvre le sas et me fait entrer dans son box, et de là, me fait passer dans une autre pièce, aveugle aussi. Il me dit qu'il doit me fouiller, parce que mon absence a duré " trop longtemps ". Je proteste, car Timothée me surveillait tout le temps, mais le vigile me répond en haussant le ton, que pendant que j'étais face au guichet, j'aurais pu prendre n'importe quoi. Il doit, lui aussi, appliquer le règlement.

Quelle drôle d'idée.

Et ce vigile me stresse et me prie de se plier à ses ordres. Me voilà une nouvelle fois obligé de céder, et de lui dire :

- Eh bien, allez-y. Faites ce que vous avez à faire.

Et ce monsieur, aussi baraqué que Timothée d'ailleurs, s'est approché de moi et a opéré une palpation, par-dessus mes vêtements, me tenant plaqué au mur, jambes et bras bien loin du corps. Il procéda de cette façon de face, puis de dos, ma plaquant toujours contre le mur. J'ai senti ses lourdes mains passer sur moi, appuyer ici ou là, notamment sur mon postérieur et sur mes parties. Il a aussi palpé ma jambe gauche de la cheville à l'aine, et la droite, de l'aine à la cheville. Passant sous mes aisselles, j'ai senti aussi ses lourdes mains sur ma poitrine, puis descendre au long du thorax, de face, de dos et de côté.

Puis il me dit :

- Encore une chose, et je vous laisse filer : ouvrez votre pantalon, m'sieur. C'est la procédure. J'ai l'habitude. Il faut que je note ça aussi.

Et j'ai obéi, excédé par tout ce qui se passe dans cet établissement.

J'ai ouvert mon jean en écartant bien largement les deux pans, découvrant une bonne partie de mon slip. Le vigile s'approcha de moi, fit descendre un peu plus bas le pantalon, découvrant tout le slip et jeta un rapide coup d'oeil dedans en en écartant l'élastique.

- C'est bon, rhabillez-vous. RAS. Mais sachez le pour la prochaine fois, m'sieur. Quand vous allez dans un autre bâtiment, sauf pour des soins, si vous dépassez 10 minutes, c'est la fouille.

Il m'a tourné le dos pour noter cet incident sur un document qu'il m'a demandé de signer par la suite. Pas d'autre choix que d'obéir là encore.

Je me suis rhabillé et Timothée est revenu me chercher, sans doute averti par le vigile qui en avait fini avec moi. Timothée me conduit dans l'autre partie du bâtiment. Cette courte distance, 50 mètres tout au plus, s'est faite sous un silence complet.

Je remonte dans ma chambre, je n'ai rien à y faire. Je n'ai pas pris la télé... Je tourne en rond et je me rends compte que tout le mobilier de la chambre est scellé au plancher. Je ne peux rien déplacer, à part les chaises. Table, lit, armoire... tout est bien accroché.

Durant ma courte absence, ma chambre a été refaite, balayée, lessivée... mais j'ai aussi l'impression qu'on l'a fouillée.

Ou alors, je deviens parano. Car j'ai remarqué que tout mon linge que j'avais rangé dans l'armoire a été déplacé et mis dans un autre ordre.

J'attends l'heure du déjeuner, je n'ai rien d'autre à faire.

Au réfectoire, une place est attribuée à chaque résident, c'est à dire que depuis le jour où je suis arrivé, un petit carton portant mon prénom est placé sur une table dans la salle à manger. Même chose pour tout le monde ; c'est face à ce carton qu'on doit s'asseoir, avec interdiction de changer de place ou de permuter avec quelqu'un d'autre.

Après le déjeuner, je me promène un peu dans le jardin, j'y rencontre les rares personnes qui n'ont pas de permission... Un patient qui est là depuis très longtemps, me raconte comment il vit ici, me décrit les médecins... Et celui que l'on m'a attribué, me dit Gérard n'est pas commode.

Voilà encore une chose qui est faite pour me rassurer...

A SUIVRE...

Comments

clyso Il ya 3 ans