Plutôt que d'apporter un énième témoignage sur les trois jours (1978, caserne Maurice de Saxe à Blois : à l'arrivée le matin, douche collective, visite médicale en slip, nu à la fin, l'après midi : tests divers, film sur le service militaire, douche -facultative-, dîner, glande au foyer, le lendemain, rencontre avec un officier pour parler affectation -je sais ou je vais et lui aussi-, merci le piston), je préfère vous partager ma première journée d'incorporation et le tout début de mes classes, effectuées après quatre ans de sursis .
Service militaire : incorporation au 120ème régiment du Train.
1er octobre 1982 : journée d’incorporation au 120ème régiment du Train, à Fontainebleau pour mes classes. RV à 8 h 00 en gare d’Avon. J’emporte un sac de sport avec le minimum : une trousse de toilette et deux bouquins. L’armée nous habille et nous équipe. En dix minutes de GMC, nous arrivons au quartier Lariboisière. Direction : le bâtiment d’incorporation. Le capitaine commandant le 3ème escadron nous accueille, présente les classes et conclut : « Soyez patients, obéissez aux ordres, faîtes connaissance ». Puis un film détaille les étapes de la journée. La répartition des appelés est affichée. Je suis affecté au 2ème peloton : 60 hommes aspirant F., 3ème section : 20 hommes MDL chef Alain V. Il nous regroupe : « 3ème section avec moi, dépêchez-vous ».
Première étape : les formalités administratives, plutôt rapides. Nous passons dans la salle suivante, chez le coiffeur. « Mettez-vous torse nu, déposez vos affaires dans votre sac ». Je n’ai jamais eu les cheveux longs, mais je découvre la coupe militaire. En quelques minutes, des appelés nous coupent les cheveux à la tondeuse pour aller plus vite : il m’en reste deux cm pas plus.
Nous continuons vers la salle suivante : une vaste pièce carrelée, divisée en deux, d’un côte des bancs, de l’autre des douches sans séparation aucune ; Chacun reçoit un savon et une serviette : « Placez-vous chacun sous une douche. Vous avez cinq minutes, cheveux compris ». Baskets, jean, chaussettes, slip rejoignent mon sac. Une fois nus sous notre douche, le MDL ouvre l’eau : elle est glacée. Lavé, savonné, rincé, vite fait, bien fait, je me sèche rapidement.
A peu près secs et désormais nus, nous passons à l’infirmerie pour la visite médicale. Nous déposons notre sac ; le MDL reprend « Vous allez passer votre visite médicale d’incorporation. Tenez-vous droit et placez vos bras le long du corps. Inutile d’essayer de cacher votre sexe : vous vous verrez nus tous les jours sous la douche ou pour une inspection, alors pas de honte à être à poil ». Des infirmiers nous pèsent, nous mesurent, nous examinent sous toutes les coutures. Puis, chacun pisse dans un gobelet pour une analyse d’urine, passe un test de vue et d’audition, une radio pulmonaire, une spirométrie et une prise de sang. Puis nous sommes vaccinés dans l’épaule droite (TABDT) contre la typhoïde.
Au fur et à mesure, nous passons dans la pièce suivante. Des box fermés par un rideau maintenu ouvert (pourquoi ?) font face à une rangée de bancs. Le MDL reprend : « Asseyez-vous et attendez d’être appelé. Les médecins ont votre dossier de la visite des ‘3 jours’ ; n’hésitez pas à leur signaler un problème de santé récent ou un nouveau traitement ». C’est mon tour. Je suis soumis à une batterie de questions, puis exercices de mobilité, auscultation, examen des pieds et des mains, du sexe, des testicules, des fesses. Puis je m’allonge sur le lit sur le dos, puis le ventre : prise de température, électrocardiogramme, tension, palpations diverses.
Le MDL continue « Vous pouvez remettre votre slip avant de passer chez le fourrier. Si vous connaissez vos mesures et pointure, donnez-les pour aller plus vite ». Je fais face à un appelé qui vérifie mes mesures : il descend une toise jusqu’à ma tête et en remonte une autre jusqu’à l’aine pour l’entrejambes, puis tour de tête, d’épaules, des hanches, taille des mains (pour les gants). Enfin, nous nous habillons : teeshirt, chaussettes, treillis, ceinturon, rangers, béret. Je reçois mon sac militaire et mon paquetage. Chacun prend son sac à l’épaule et ses affaires civiles, direction le 3ème escadron et notre chambrée : vingt lits superposés, autant d’armoires, tables et chaises, des posters de l’armée aux murs. Direction le ‘grand ordinaire’ pour un déjeuner ni bon, ni mauvais mais copieux.
Ensuite, retour au 3ème escadron pour passer une tenue de sport et prendre une serviette, puis au bâtiment d’infirmerie pour un test d’effort. Des infirmiers prennent notre tension, puis course sur place, pompes, abdos au sol et à l’espalier, flexions-extensions,… nouvelle prise de tension et douche. Puis, nous retournons au bâtiment d’incorporation où chacun rencontre un officier pour parler de son affectation. « M., vous savez ou vous allez ?! » Effectivement : à l’issue des classes, j’intégrerai le SIRPA central, cabinet du ministre. Retour au 3ème escadron pour apprendre à faire son lit au carré et ranger le paquetage correctement dans l’armoire. Ensuite dîner, quartier libre jusqu’à 21 h 45. Le MDL arrive : « A poil pour la douche, prenez vos affaires et mettez-vous en rangs par deux dans le couloir. » Une serviette à l’épaule, la trousse de toilettes à la main, nous gagnons les douches. Ici, elle est chaude, séchage rapide, pas le temps de traîner. « En rangs dans le couloir. » Nous nous couchons. 22 heures : extinction des feux.
Le lendemain, réveil à 6 heures. « Debout, à poil ! Prenez votre serviette et vos affaires, en rang par deux, direction la douche. N’oubliez pas de vous raser. Ce sera comme ça tous les jours matin et soir, autant vous y faire tout de suite ». L’eau est super froide, cela réveille ! De retour en chambrée, nous nous habillons et faisons notre lit. Les plus habiles aident les moins doués. Le MDL entre : « Garde à vous ! » A cela aussi, il faudra s’y faire. « Vous allez passer une inspection d’hygiène avec le lieutenant. Tout le monde à poil ! » Nous rouspétons un peu mais nous obéissons. Nous voilà à nouveau nus. « Garde à vous ». Le lieutenant arrive. L’examen est rapide mais complet : présenter nos mains doigts écartés dans un sens puis dans l’autre, puis nos pieds et notre voûte plantaire, baisser la tête, présenter nos oreilles, ouvrir la bouche, lever nos bras pour l’examen des aisselles, puis notre sexe et nos testicules et écarter nos fesses. Le service militaire commence vraiment ! A la fin de nos classes, nouvelle inspection.
Huit jours après, le lieutenant nous informe que le MDL chef V. a été victime d’un accident de voiture et nous présente son remplaçant le MDL Eric L. Il est moins rugueux et plus sympa que le précédent. Nous pourrons nous doucher entre 6 h 00 et 6 h 30, sans être obligé d’y aller en rang et à poil et libre à nous de nous doucher le soir ou pas. Après le sport, il prend sa douche avec nous le plus simplement du monde. Lui et moi avons le même âge et sympathiserons rapidement en faisant du sport ensemble après le dîner avant de partager une ‘binouze’ au foyer. Je lui devrai d'être nommé 'élève chant' par le lieutenant avec mission d'apprendre le chant du régiment aux copains (merci la chorale étudiante). Avec sa complicité, j'y ajouterai deux ou trois chansons étudiantes moins recommandables mais plus enjouées et apprises plus discrètement!...
Comme pour nous faire ‘payer’ le fait de disposer d’un piston (la plupart d’entre nous sont étudiants et seront affectés à des postes sinon intéressants, du moins tranquilles), nos classes seront rudes. Un exemple ? Nous avons droit à un EPC (entraînement au parcours du combattant) le matin trois fois par semaine en treillis ou plus souvent torse nu, avec casque et rangers, quel que soit le temps (un jour de pluie, l’un d’entre nous déclare « Autant le faire nu » et se met à poil : huit jours d’arrêt). L’automne 1982 est froid et pluvieux, voire neigeux. Certains jours, le terrain n’est que boue ! Mais c’est aussi le lieu et le moment d’une vraie solidarité entre nous où les plus sportifs aident ceux qui le sont moins à aller jusqu'au bout. Et le MDL paye de sa personne, donne l’exemple et partage notre entraînement dans les mêmes conditions (alors que rien ne l'y oblige). Pourtant sportif, j’en baverai parfois, mais je ne le regretterai pas.
Bonne lecture, bon week end et... bon tour de France !
Barr