Vues: 540 Created: 2015.02.23 Mis à jour: 2015.02.23

Camps de vacances

Chapitre 3

L'après-midi, Loïc parle de la visite médicale à son camarade Damien.

Je ne pus pas attendre plus longtemps, je demandai à Damien :

— Je peux te poser une question ?

— Je t’écoute.

— Qu’as-tu pensé du médecin ce matin ?

— Euh, il était assez familier, un peu trop. Il m’a pris encore pour un gamin. Je l’ai remis à l’ordre, je lui ai demandé de me vouvoyer.

— Et il t’a aussi tâté les couilles et mis son doigt dans le cul ?

— Non, j’ai refusé.

— Tu as refusé ? Tu n’as pas peur être renvoyé si tu ne fais pas la visite médicale ?

— Mon père est avocat, il leur ferait un procès. C’est le meilleur de Paris. Il nous a dit de toujours lire les petits caractères, même si c’est aussi barbant que notre pièce. Et je sais ce qui est marqué, je vais te montrer.

Il sortit son iPhone et chercha le courriel, ouvrit le document annexé et me le montra :

Les participants devront passer une visite médicale pour déterminer leur aptitude à participer aux activités de la colonie.

— Le sexe est interdit, ce n’est donc pas une activité de la colonie, le médecin n’a pas à contrôler si tu décalottes bien.

— Mais il pourrait détecter une maladie.

— Ma mère m’envoie déjà régulièrement chez notre médecin de famille. Une fois par année ça me suffit. Et toi, tu as eu droit à la totale ?

— Par la femme d’abord et par l’homme ensuite.

— La femme ? Le médecin était seul.

— Bizarre, elle a dû s’en aller.

— Ils t’ont fait bander ?

— C’était plutôt spontané.

— Cela me paraît quand même louche. Mes parents font un safari en Afrique, je ne peux pas demander conseil à mon père. Je vais essayer d’atteindre un de ses associés.

Il sortit son smartphone et appela l’étude de son père. Il put atteindre tout de suite l’un des avocats et raconta mon histoire. À la fin de la conversation, il m’expliqua :

— Il m’a dit qu’on ne peut pas accuser les médecins seulement sur la base d’un examen poussé. Il te conseille quand même d’en parler à un service de la police spécialisé dans la protection de la jeunesse, ces médecins pourraient déjà avoir eu d’autres comportements suspects ailleurs. Il va contacter ce service et me rappeler. Il pourra aussi participer à la discussion afin de te conseiller si tu hésites à répondre à une question.

— Je suis d’accord.

Je n’arrivai pas à me concentrer sur le texte, attendant avec impatience l’appel. Dès que son portable sonna, Damien me le tendit :

— Allo, dis-je.

— Bonjour, je suis l’avocat Y et j’ai contacté le commissaire Z de la police. Vous êtes d’accord que je participe à la conversation ?

— Oui.

Le policier prit la parole :

— Bonjour, je vous informe que cette conversation est enregistrée. Êtes-vous d’accord ?

— Oui.

— Puis-je vous demander d’indiquer vos prénoms, noms, date de naissance, lieu de naissance, lieu de résidence habituel et votre lieu de séjour actuel, puis votre numéro de téléphone portable ?

Je donnai les indications, essayant de ne rien oublier.

— Merci. Je vous précise que vous ne déposez pas plainte en nous donnant votre témoignage. Nous ferons une enquête préliminaire et nous agirons seulement si nécessaire, nous ne voulons pas accuser ces personnes si nous ne sommes pas sûrs à 100%. Je vous demande une discrétion absolue. Ne parlez plus de ceci à quiconque.

— D’accord.

— Je vous demande maintenant de raconter cette visite avec les médecins. Essayez d’être le plus précis possible, sans fausse pudeur. Nous sommes habitués à ce genre d’affaires. Vous rappelez-vous de leur noms ?

— Non, je les ai oubliés.

— Cela ne fait rien. Nous retrouverons facilement leur identité.

Je racontai tout le déroulement des deux visites sans omettre aucun détail. Le policier me remercia puis me dit :

— C’est évidemment à la limite. J’entrevois une autre possibilité. Ils pourraient aussi avoir tout enregistré avec une caméra cachée et revendre la vidéo sur Internet.

— C’est possible en effet. Je n’ai rien remarqué.

— Je suis embarassé maintenant. J’aimerais vous proposer quelque chose, mais vous êtes libre de refuser. Cela nous aiderait beaucoup pour la suite de l’enquête.

— Je le ferais volontiers si cela pouvait vous aider.

— C’est assez délicat. Nous recherchons en permanence les vidéos illégales publiées sur Internet et nous essayons de les comparer avec les images des personnes qui pensent avoir été piégées. Nous avons un logiciel de traitement d’images très puissant qui fait les comparaisons automatiquement et trouve les correspondances. Nous pouvons ensuite remonter les filières.

— Je pense avoir compris, vous aimeriez que je vous envoie ma propre photo.

— C’est exact. Avez-vous éventuellement déjà fait un selfie ?

— Non. Mais mon ami Damien pourra m’aider à prendre quelques photos.

— Je n’en doute pas. Une photo de votre visage ne suffit pas, ils sont souvent floutés sur les vidéos illégales. Il faudrait qu’on voie aussi le reste de votre corps.

— Tout le corps ? Même euh… les parties intimes ?

— Ce serait préférable, mais je ne vous oblige pas, vous êtes libre d’accepter ou de refuser.

Je réfléchis quelques instants, puis je dis :

— J’accepte.

— Très bien, nous vous enverrons un SMS avec l’adresse pour transférer vos photos. Merci de votre collaboration.

Après les salutations habituelles, je rendis son iPhone à Damien et lui dit :

— Je pense que tu as compris, tu dois me photographier à poil.