Christophe, jeune homme naïf

Cécile serre les dents

Cécile s’était posé la question d’informer Christophe de son rendez-vous gynécologique, mais avait opté pour la discrétion. Elle aurait apprécié du soutien psychologique, mais ne voulait pas lui donner de faux espoirs concernant la pénétration. Bien qu’elle lui fît confiance, elle voulait attendre d’être vraiment prête.

Elle était dans ses petits souliers dans la salle d’attente du docteur Laure Belpomme. Bien sûr, elle savait, par des discussions avec des copines, en quelque sorte à quoi s’en tenir. Toutefois, elle ressentait de l’angoisse. Elle eut un pincement au cœur en apercevant les étriers dont était munie la table d’examen bien visible dans le bureau du médecin, et détourna le regard.

Le Dr Belpomme était une femme d’une cinquantaine d’années, brune, à lunettes. Elle s’assit derrière son bureau, tandis que Cécile prenait place en face.

« Qu’est-ce qui vous amène ?

— Hé bien j’aimerais une prescription de contraceptifs.

— Qu’utilisez-vous actuellement ?

— Hé bien c’est-à-dire qu’actuellement… je n’ai pas de rapports vaginaux.

— Vous voulez la pilule contraceptive ?

— Oui.

— Très bien. Je vais vous examiner. Déshabillez-vous derrière ce paravent, enlevez d’abord le haut. Je vais commencer par les seins. »

Cécile revint seins nus. Elle n’avait pas l’habitude d’être ainsi devant une inconnue ; dans les vestiaires collectifs, elle s’enveloppait d’une serviette.

Le Dr Belpomme lui palpa les seins méthodiquement, alors qu’elle était allongée sur le dos sur le lit d’examen, tout en lui posant des questions : avait-elle parfois mal là, des écoulements ? Non rien d’anormal.

« Je vous donnerai une brochure sur l’auto-palpation des seins. Maintenant, vous pouvez remettre le haut et enlever le bas. »

C’était le moment que Cécile appréhendait. Elle revint en chaussettes, la main devant son pubis. Elle se maudit de ce réflexe, parfaitement ridicule vu l’examen qu’elle devait subir. C’était le moment de vérité.

« C’est la première fois ? Bien. Allongez vous les fesses à l’extrémité de la table et mettez vos pieds dans les étriers. »

Cécile était grande ouverte, exposée, tandis que le Dr Belpomme, gantée, approchait un tabouret à roulettes.

Le docteur commença par un examen externe, qui ne donna rien de particulier, si ce n’est la remarque :

« Je vois que vous avez encore votre hymen. Je ne pensais pas que vous étiez vierge.

— Heu si docteur.

— Je vais donc y aller doucement. »

Le docteur passa un peu de lubrifiant sur son doigt et l’enfonça doucement dans le vagin.

« Effectivement, hymen bien présent quoique pas trop serré. J’arrive tout de même à sentir votre col. »

Elle posa l’autre main sur le ventre de Cécile et tenta tant bien que mal de sentir les organes, puis se leva pour aller chercher du matériel.

Cécile vit avec horreur l’ustensile dont ses amies lui avaient parlé : le spéculum.

« Docteur… en fait je n’aime pas les objets là… déjà j’ai du mal avec les tampons…

— Vraiment ?! C’est douloureux ?

— C’est peut être psychologique. »

Cécile raconta sa mésaventure avec l’enseignante qui ne voulait pas « d’excuse des règles », ses douleurs, ses appréhensions.

« Je vois. Je sais que certaines adolescentes usent et abusent des règles comme prétexte pour couper au sport, mais votre prof ne pouvait pas vous imposer cela. Vous auriez dû en parler à votre mère. »

Cécile, dans la posture où elle était, n’était pas franchement d’humeur à s’entendre reprocher son manque de rébellion de l’adolescente obéissante qu’elle avait été. Elle voulut être brave et dit

« Je pense que je peux accepter un examen au spéculum.

— Très bien. J’ai pris le plus petit, celui pour les vierges. »

Même petit, c’était tout de même désagréable : le métal froid, puis la tension de l’hymen lors de l’ouverture ! Elle serra les dents. Le docteur Belpomme, munie d’une lampe, regarda au fond.

« Col en bonne santé, dirait-on. Je vais tout de même faire un frottis, on ne sait jamais. »

Le prélèvement aussi fur désagréable. Cécile fut soulagée quand le médecin retira l’instrument.

« Bien. J’aimerais tout de même mieux examiner vos organes internes, je vais vous faire un toucher rectal. »

Le médecin s’attendait à ce que Cécile fît la tête, mais celle-ci ne réagit pas plus que cela.

« Poussez, comme pour aller à la selle. » Le doigt lubrifié pénétra aisément, et explora le ventre. Quand le docteur fut satisfaite, elle rentra un doigt de son autre main dans le vagin et palpa la paroi entre les deux orifices.

« Bien. Je ne vois rien qui, à part l’aspect psychologique, vous empêcherait d’avoir des rapports sexuels. Vous pouvez vous rhabiller, il y a des Kleenex pour vous essuyer derrière le paravent. »

Quand Cécile revint, le docteur était en train de rédiger une ordonnance.

« Ceci est pour une analyse sanguine. Les contraceptifs hormonaux, en effet, sont contre-indiqués dans certains cas. Vous fumez ?

— Non.

— Excellent choix, continuez. Quand j’aurai reçu les résultats du laboratoire, je vous ferai une ordonnance pour six mois de contraceptifs, vous pourrez venir la récupérer au secrétariat. Votre généraliste pourra la renouveler. »

Cécile ne s’attendait pas à ce contretemps pour les analyses, mais à la réflexion, elle ne se sentait pas non plus prête pour commencer les rapports tout de suite. La sensation désagréable du spéculum restait dans son esprit et dans sa chair.

Le lendemain, elle fit faire sa prise de sang, et dix jours plus tard passa pour récupérer son ordonnance, sans en dire mot à Christophe. C’est avec une certaine timidité qu’elle passa à la pharmacie et qu’elle se fit délivrer la pilule convoitée.

« C’est la première fois que vous la prenez ?

— Oui. »

La préparatrice lui expliqua les modalités de prise. Même si les autres clients étaient quelque peu à part, Cécile aurait voulu se cacher dans un trou de souris !

Comments

clyso Il ya 1 an
Pecan nutjob Il ya 1 an
Svensson Il ya 1 an