Skylane


Vues: 608 Created: 2007.12.05 Mis à jour: 2018.12.27

Elodie

Elodie Ch. 5

Après le déjeuner les cours s'enchaînent jusqu'au soir. Le mardi est la journée la plus chargée de la semaine. Contrairement au jeudi, par exemple, où elles n'ont qu'un seul amphi de 11 h à 13 h. Elles conviennent donc de faire leur "soirée pyjama" demain soir. Elles iront directement chez Julie après les cours.

Même si l'après-midi est longue, Élodie se sent bien. Pouvoir parler à son amie a été un véritable soulagement. Elle avait la désagréable sensation qu'une distance entre elles s'installait. Elle avait peur de tout lui dire. Finalement elle a eu raison de lui faire confiance et de se confier à elle. Ce soutien indéfectible lui apporte beaucoup.

Le soir elle rentre chez elle, le sourire aux lèvres. Sa mère et son frère sont déjà rentrés. Comme souvent Muriel regarde la télévision pendant que Thomas joue à un jeu stupide sur l'ordinateur.

A peine arrivée, elle grimpe dans sa chambre pour poser son sac de cours. Elle décide de ranger la chambre et ses affaires. Ce sera une bonne chose de faite avant le départ au ski. Un tri s'impose. Elle commence par essayer de mettre de l'ordre dans la pile de papiers et de cours qui s'amoncelle sur son bureau. Une fois ses cours rangés dans les classeurs et le courrier classé elle commence à y voir plus clair. Elle ramasse encore les quelques vêtements qui traînent au sol pour les déposer dans le panier à linge sale de la salle de bain. Elle en profite pour y prendre un sac poubelle vide. Elle doit absolument vider la corbeille de sa chambre. Après ce qu'elle y a déposé ce matin c'est la première chose qu'elle aurait du faire... Elle referme vite le sac. "Ça ne sent pas la rose là dedans ! J'espère que personne ne s'est approché de cette corbeille aujourd'hui."

Elle descend rapidement le sac dans la grande poubelle de dehors. Elle s'affale ensuite sur le canapé à côté de sa mère.

Muriel est à moitié endormie et a la plus grande flemme de préparer à dîner. Élodie le remarque immédiatement. Toujours d'excellente humeur elle embrasse sa mère et lui dit de se reposer.

- Je prépare à manger. Es-tu partante pour des spaghettis carbonara ? - Parfait ma puce. C'est très gentil. - Je vous appellerai quand ce sera prêt. Repose toi bien.

Une demi-heure plus tard tout le monde dévore les pâtes cuisinées par Élodie. Thomas ne prend pas de dessert. Il veut retourner le plus vite possible continuer son jeu sur l'ordinateur. Trop accro à GTA 3 ! Cette fois Muriel ne prend même pas la peine de lui faire la morale. Comme souvent Élodie et sa maman se retrouvent toutes les deux à table à discuter tranquillement.

- Tu as l'air d'avoir la forme ce soir. Je parie que tu as passé une bonne journée. - Non rien de spécial. A par que je vais dormir chez Julie demain. - Et comment ça ? Rien de spécial ? Je le connais ton petit air faussement neutre et détaché. Avec ton petit sourire au coin des lèvres. Je vois bien que tu as l'air heureux ... - Oui, je suis trop contente. On va passer la soirée ensemble, peut-être aller boire un verre avec d'autres amis. J'irai ensuite dormir chez elle. - Tu n'osais plus depuis ce qui est arrivé... Mais je suis ravie que tu te sois enfin décidée. Comme au bon vieux temps ! Tu sais qu'elle peut rester dormir quand elle veut à la maison. Elle a toujours été adorable avec toi. Propose lui de venir quand on rentrera de vacances. - Avec plaisir, on s'organisera des week-ends terribles !

Une fois la table débarrassée ils ne tardent pas à aller dormir. Même le petit Thomas tombe de sommeil et ne rechigne pas à éteindre le PC. Vers 22h tout ce petit monde est bien au chaud sous la couette.

Avant de s'endormir Muriel se demande pourquoi Élodie s'est finalement décidée à aller dormir chez sa meilleure amie. Peut-être est-ce grâce aux couches qu'elle lui a achetées pour les vacances au ski ? Elle aurait trop honte de mouiller les draps chez Julie... Même si Julie est parfaitement au courant de son problème. "Élodie va certainement prendre une couche pour aller chez Julie. Elles sont tellement proches qu'elle a du la mettre dans la confidence. Décider de lui acheter ces protections a été un moment très pénible. Mais finalement je ne le regrette pas ! Pour dormir à l'extérieur elle préfère ça plutôt que de risquer de tremper le lit. Elle a déjà l'air un peu plus libre. Passer du temps chez son amie ou au ski va lui faire beaucoup de bien".

De son côté Élodie s'est mise au lit sans mettre de couche. Elle ne veut pas gâcher son agréable soirée en mettant une de ces horribles choses. Optimiste, elle espère quand même passer une bonne nuit. Elle a bien fait attention à ne pas trop boire pendant le dîner et à retourner aux toilettes juste avant de dormir. Elle a également remarqué que ses accidents sont moins fréquents durant les périodes où elle se sent bien dans sa peau. Lorsqu'elle est plus détendue.

Effectivement la nuit fut reposante. Elle s'éveille sans l'aide du réveil qui sonne quelques minutes plus tard. Elle constate avec grand plaisir et non sans une certaine fierté que son lit est propre. Elle profite de cette occasion pas si fréquente pour se prélasser encore quelques instants dans son lit avant de se lever.

Toujours en pyjama, elle se dirige vers la douche. Sa mère occupe déjà la salle de bain, elle descend donc dans la cuisine. Elle avale une tartine et un café. Thomas n'est pas encore levé. Elle remonte pour le réveiller. Depuis qu'il est bébé elle adore réveiller son petit frère et lui faire un petit câlin. Maintenant Thomas est un peu grand et le câlin se transforme plutôt en un chahut tout aussi agréable.

- Debout paresseux, tu vas être en retard ! - Oui chef ! J'arrive ! - Ton petit déj est prêt. Moi je file sous la douche. Ensuite dépêche-toi de te préparer.

Avant de partir à la fac Élodie doit préparer un sac avec de quoi sortir et dormir chez Julie. Elle sort un petit sac de voyage dans lequel elle glisse des sous-vêtements de rechange. Un string pour pouvoir porter un jean assez moulant qui met bien en valeur ses formes. Elle sait que ça ne laisse pas les garçons indifférents. Elle sort aussi un autre chemisier pour le lendemain. Elle doit encore prendre le nécessaire pour la nuit. Elle prépare sa trousse de toilette. Surtout ne pas oublier la brosse à dents ! Maintenant, d'un pas moyennement décidé, elle se dirige vers sa penderie. Elle l'ouvre et hésite. "Je vais vraiment mettre une couche chez elle ? C'est la honte ! Mais comme elle est déjà au courant pour les couches autant que j'en prenne une. Au moins je m'éviterai la honte de salir son lit. Surtout si on dort ensemble... A moins que je dorme par terre sur un autre matelas ? De toute manière elle est trop gentille alors elle ne se moquera pas de moi. C'est sûr... Voilà, c'est fait. Une seule c'est suffisant. Même si je me réveille mouillée au milieu de la nuit, je ne vais pas me changer alors que je dors dans sa chambre. Il faut aussi que je prenne un pyjama à mettre par dessus. Mais le rose est au sale. Dommage c'est le plus large que j'ai. Le gris est beaucoup plus serré et avec on voit déjà bien mes fesses légèrement rebondies. Je me demande bien de quoi j'aurai l'air avec une protection en dessous ? J'ai pas trop le choix... Et le haut de ce pyjama est trop chaud. Je vais plutôt prendre un débardeur. Ce sera même plus agréable pour dormir. J'ai tout je crois ? Tout va bien se passer. Mon sac de cours, mon manteau et c'est parti pour une longue journée" !

Dans le RER qui l'emmène à la fac Élodie est impatiente. Elle veut vite retrouver ses amis pour fixer le programme de la soirée. Julie a proposé d'aller dans le café où ils se retrouvent habituellement. Il est super agréable, pas trop bruyant et surtout on peut jouer au billard. Julie est déjà arrivée et elle est en pleine discussion avec le groupe d'amis. Finalement une autre copine et deux garçons viendront aussi au café ce soir. Au plus grand plaisir d'Élodie qui apprécie fortement la compagnie d'Édouard. Et c'est le moins qu'on puisse dire...

Les cours en amphi s'avèrent plus insipides que jamais ce matin. Après avoir terminé de lire le journal gratuit distribué dans le RER, Élodie ne tient plus en place. Assise entre Julie et Édouard elle trépigne d'impatience. Le droit des obligations, ce n'est pas sa tasse de thé !

- Venez on s'en va. On va boire un café à la cafét. Je ne peux pas rester plus longtemps. - Non je veux rester pour prendre des notes. T'as qu'à partir avec Édouard. Je vous rejoindrai après, pour déjeuner. Vous pourrez faire des photocopies du cours plus tard. - OK alors viens avec moi Élodie, j'en peux plus de ce prof ! Je t'offre un café.

Élodie et Édouard ramassent discrètement leurs affaires et quittent l'amphi. Julie, qui reste assise, adresse un clin d'œil complice à Élodie qui répond avec un air malicieux.

Édouard est un grand brun aux yeux bleus. Il n'est pas spécialement baraqué mais elle le trouve super mignon. Elle a craqué sur lui dès la première fois où elle l'a vu au début de l'année. Elle ne le connaît pas encore bien mais elle a déjà remarqué son sens de l'humour en discutant avec lui entre les cours. Mais pour l'instant ils ne se voient qu'à la fac.

Ils s'installent à la cafétéria de la fac et discutent à bâtons rompus. Le courant passe bien. Ils évoquent même certains sujets personnels, familiaux. Elle se sent tellement à l'aise avec lui que, lorsqu'il la questionne sur sa famille, elle lui parle même de la mort de son père et pour une fois cela ne plombe pas l'ambiance. Ils ne voient pas le temps passer. Décidément elle préfère être ici avec Édouard plutôt qu'en cours. Julie et une autre copine finissent par débarquer pour déjeuner. Ils fixent un rendez-vous pour ce soir à 21h.

Après les cours Julie entraîne Élodie chez elle. Elle habite dans une petite maison à un seul étage. Elle est située dans une sorte de résidence moderne de la banlieue ouest de Paris. Pas très loin de chez Élodie. Toutes les maisons de la résidence se ressemblent et sont presque collées les unes aux autres. La maison est moderne. Elle n'est pas très grande mais meublée très confortablement.

On voit que Julie occupe cette chambre depuis longtemps. Elle est très encombrée par de la décoration et par des objets qui ont grandi en même temps qu'elle. C'est un mélange de vieux posters, de boîtes, de peluches et de photographies de toutes les époques de sa vie. Une grande penderie lui permet de ranger tous ses vêtements. Sur la commode, trône un cadre avec une photo d'Élodie et Julie en maillot de bain sur plage. La photo date de la période du collège.

Comme elles le font souvent, elles s'allongent sur le grand lit deux places de Julie pour papoter ou lire des magazines.

- Alors ça avance avec Édouard ? - Pourquoi tu demandes ça ? Je ne vois pas de quoi tu veux parler... - J'ai bien vu comment tu le regardes. Quand il est là tu n'arrêtes pas de sourire et de rire. - T'as raison. J'espère que je lui plais aussi. - Bien sûr ma chérie. T'es la plus belle. Il ne pourra pas te résister. - On va voir... Je suis trop contente qu'il vienne avec nous ce soir. - Si tu veux je pourrai faire l'entremetteuse et lui dire que tu veux sortir avec lui. - T'es folle ! On est plus au collège. Il me prendrait pour une gamine. - Bah de toute façon t'es un peu une gamine. - Non ! Tu lui dis rien du tout. Je me débrouille toute seule. OK ? - OK, c'est bon. Je resterai discrète. Motus... Mais je compte sur toi. Je trouve que vous allez bien ensemble. En plus il est trop beau alors tente ta chance. Sinon je te le vole et c'est moi qui vais sortir avec lui. - Grosse pouf ! Julie t'as pas intérêt à me le piquer. Trouve toi quelqu'un d'autre.

Elles roulent sur le lit et font semblant de se battre. A ce moment elles entendent un bruit dans la maison. C'est la mère de Julie qui rentre du travail. Elle est institutrice dans une école maternelle et s'occupe d'une classe d'enfants de quatre ans. Le père de Julie n'est pas encore rentré à la maison. Il est pilote de ligne, affecté au secteur long courrier d'une grande compagnie aérienne. Il ne travaille pas aujourd'hui mais part demain matin pour une rotation vers la Guadeloupe en Boeing 747. Julie a également une petite sœur de cinq ans, Mathilde, scolarisée dans l'école où sa mère travaille. Vu que le père est souvent absent pour de longues périodes, cela simplifie l'organisation.

- Salut les filles ! - Bonjour. - Julie m'a dit que tu vas rester avec nous jusqu'à demain. Ça me fait très plaisir. - Moi aussi, je suis super contente. J'espère que je ne dérange pas. - Bien sûr que non. Tu es toujours la bienvenue. - Merci dit-elle, puis elle s'adresse à sa fille : Papa rentrera un peu tard ce soir. Il est parti en vol pour la journée avec ses amis. Ils voulaient essayer un nouveau truc avec leur avion. Je crois que c'est le système d'oxygène qu'ils ont fait installer. Enfin bon tu sais bien comment il est. Quand il n'est pas en vol pour le travail, il part en vadrouille avec le Cessna... - Pff... oui. - On ne va pas l'attendre pour le dîner. Vous restez toutes les deux pour manger ? - Oui maman. On sort après. - Pas trop tard, vous avez un cours demain.

Le père de Julie a récemment acheté un petit avion en copropriété avec quatre autres amis, pilotes eux aussi. Il s'agit d'un Cessna 210 qui date des années 1970. Un monomoteur à hélices de six places. Cet avion n'a absolument rien à voir avec un jet privé mais est très performant pour un petit avion d'aéroclub. Il a permis à ces passionnés de vivre des aventures grandioses. Son père a les moyens financiers de réaliser ses rêves !

Pendant ce temps la petite Mathilde trotte non pas vers sa grande sœur mais vers Élodie. Elle attrape la main d'Élodie et l'entraîne dans sa chambre pour lui montrer un joli dessin qu'elle a préparé pour elle. Elle attendait depuis un moment de pouvoir lui donner. Élodie attrape Mathilde dans ses bras, la soulève et l'embrasse. Comme si elle était encore un bébé. Depuis sa naissance, Élodie a toujours adoré la petite sœur de Julie et s'en est toujours occupée comme de sa propre sœur. C'est toujours une fête pour Mathilde quand Élodie vient leur rendre visite.

Julie et sa mère sont restées dans le salon.

- Alors, vous faites quoi ce soir ? - On va au Globe. Comme d'habitude. T'inquiètes maman. On ne rentrera pas trop tard. On ne va pas trop boire non plus. - Je vous fais confiance. Vous êtes grandes maintenant. - Merci. Tu veux que je t'aide à préparer le dîner ? - Non c'est bon. Va retrouver Élodie. - D'accord. - Attends un instant. On s'organise comment pour cette nuit avec Élodie ? Comme c'est la première fois qu'elle reste dormir depuis la mort de son père je ne sais pas trop comment faire. - A propos de ses petits problèmes la nuit ? - Oui. Je l'aurais su si le problème était résolu. Sa mère m'en aurait parlé ! Vous allez quand même dormir dans le même lit ? Tu veux que je mette une alèse sur le matelas au cas où... - Si elle veut elle pourra dormir dans mon lit. Sinon on sortira un matelas. Mais à mon avis ça ne sera pas la peine. Et, à priori pas besoin d'alèse pour protéger le lit. Je crois qu'elle va mettre quelque chose pour dormir... C'est sa mère qui a eu l'idée pour qu'ils puissent partir au ski chez des amis. - Une couche ? - Oui. Mais surtout fais comme si tu ne le savais pas. Je ne devais rien te dire. Elle va me tuer sinon.

- Ah, d'accord je comprends mieux maintenant. N'aies pas peur, je ne dirai rien. A tout à l'heure.

La mère de Julie se retourne et ne peut s'empêcher d'afficher un sourire incrédule. "La pauvre, son problème ne s'arrange vraiment pas. Des couches ! Ce ne doit pas être facile à vivre ! Heureusement qu'elle a une copine compréhensive comme ma fille".